Tannage végétal : un "cuir Bio" ?

Publié par L'équipe dans Mode éthique le samedi 30 janvier 2010 à 08h00

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Tannage Végétal : un « cuir Bio » ?

 

Cela fait déjà un certain temps que l’on voit fleurir sur internet et dans les magazines les expressions  cuir bio , cuir écologique ou cuir végétal mais ils sont bien souvent employés par les services marketing et autres départements com’ (ceux-là même qui fabriquent des dossiers de presse) et qui surfent sans trop se poser de question sur la vague Bio.


Autant le dire simplement : ces gens-là n’y connaissent rien et, plus grave encore, ils entretiennent une certaine confusion dans ce secteur et dans la tête de celles et ceux qui cherchent à se faire plaisir avec un sac à main, une besace fashion, un It bag sans nourrir la grande machine à détruire la planète.

Il se trouve que notre petite entreprise de maroquinerie artisanale créateur travaille tous les jours avec le cuir, qu’elle est en contact avec ceux qui le fabriquent et le vendent, et qu’en plus elle tente à chaque étape de son activité de concilier développement économique et éthique écologique. Voici donc quelques clés pour lutter contre le « Greenwashing ».

 

Le « cuir végétal » c’est du tofu ?

 

Une définition pour commencer la discussion : le tannage du cuir c’est un ensemble d’opérations qui visent à le rendre imputrescible.  Cela est possible de différentes manières, notamment celle qui consiste à saturer le cuir avec des tanins, et qui a donné le mot tannage. Même si aujourd'hui on emploie aussi d'autres substances que les tanins, le terme est resté pour désigner l'ensemble des opérations.

Les tanins sont des substances d’origines organiques que l’on trouve dans la plupart des végétaux (sève, feuilles, écorce) en concentrations diverses. Dans la nature, ils ont une fonction de protection contre les parasites. Chaque tanin ayant des propriétés chimiques particulières et des effets sur le cuir différents, on a recourt à certaines espèces végétales plutôt qu’à d’autres.

Selon le résultat que l’on souhaite obtenir en termes de souplesse ou de couleur on tannera le cuir avec des extraits :

  • de chêne (dont on fait les tonneaux pour stocker le vin)
  • de châtaigner (qui est réputé imputrescible et qui est de ce fait est utilisé pour la couverture des maisons)
  • d’acacia
  • de mimosa
  • de quebracho (plus exotique)
  • et même de rhubarbe


Parmi ces exemples, on choisira l’écorce, la feuille ou la racine, là où ces tanins sont le plus concentrés.
En somme, le cuir végétal cela n’existe pas. Le cuir c’est, par définition, une peau animale qui a été tannée. Ce qui est végétal, c’est le type de tannage, par opposition au tannage dit « minéral », exposé ci-dessous.

 

Le cuir écologique : un autre cuir est possible !

 

Le tannage à partir d’extraits végétaux, le tannage végétal, qui consiste en gros à enfouir les peaux et les tanins dans une fosse pendant un à deux mois, était le moyen utilisé autrefois, avant que la modernité n’impose de nouvelles cadences !

Merveille de la chimie, l’industrie a donc développé un tannage dit «minéral » où les tanins sont remplacés par des sels de chrome (ou d’aluminium), qui a réduit le temps de tannage à seulement quelques jours. Cela s’est révélé tellement efficace qu’aujourd’hui 85% des peaux tannées dans le monde le sont au chrome (1).

Mais ce que l’on gagne en productivité et en rentabilité, on le perd en qualité de vie et, certains diront, en qualité de produit.

Le tannage végétal est certes lent et gourmand en eau, mais comparé au tannage au chrome il est bien moins nocif pour l’environnement. En effet, en fin de processus il faut traiter les bains qui ont servi au tannage :

  • Dans le cas du tannage végétal, il reste des boues pleines d’eau et de tanins, autant de substances naturelles parfaitement biodégradables.
  • Dans le cas du tannage au chrome, il reste des boues fortement concentrées en sels de chrome (qui est un métal lourd) dangereuses si elles venaient à se répandre dans l’environnement. Il faut donc les « neutraliser » chimiquement avec de l’oxyde de magnésium, de la chaux ou de la soude. Une fois séchés les restes ne peuvent pas être valorisé dans la filière agricole (contrairement au résidus de tannage végétal) et doivent être entreposés en décharges de classe I pour les déchets présentant un caractère dangereux. (2)

 

Les dernières réformes environnementales, certes louables, ont eu des conséquences importantes. Les nouvelles normes de sécurité sanitaire, plus strictes, ont poussé les tanneries françaises à entreprendre d’importants et coûteux investissements pour mettre en place des usines de retraitement, innover dans leur secteur et repenser leur activité.

Mais beaucoup ont dû fermer, avec pour conséquence en plus du chômage la sous-traitance à l’étranger. Et c’est là que se cache la ruse : à l’étranger, souvent dans des pays en voie de développement, les normes écologiques et sociales sont moins strictes… et les coûts de production moins élevés. Loin des yeux, loin du cœur, le problème écologique a disparu !

Il reste en France quelques rares tanneries qui produisent encore du « végétal ». Un cuir plus écologique est donc possible mais il est forcément rare et cher.


En revanche parler de cuir Bio représente un abus de langage car non seulement il n’existe pas d’organisme indépendant qui pourrait certifier de la qualité d’un tel produit (comme Ecocert pour l’Agriculture Biologique), mais il faudrait pour cela que les animaux dont on tanne la peau soient élevés selon les normes de l’agriculture biologique. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.

 

Le tannage végétal : fragment d’un discours amoureux

 

La santé

Le « cuir à tannage végétal » est plus respectueux de l’environnement mais il est aussi moins nocif pour la santé. Santé de ceux qui le produisent, de ceux qui l’utilisent quotidiennement et enfin celle des utilisateurs finaux. Les premiers parce qu’ils utilisent moins de produits nocifs, les autres parce qu’une des grandes qualités de ce type de tannage est qu’il produit un cuir qui ne génère pas d’allergie, contrairement au tannage au chrome (3).

C’est pourquoi on utilise le tannage végétal notamment pour l’orthopédie, pour la sellerie et le harnachement des chevaux (qui font aussi des allergies !), et vous en trouverez souvent en doublure de vos chaussures.

 

Matière vivante

Contrairement au tannage au chrome que l’on est obligé de saturer de pigments pour contrebalancer sa teinte « naturelle » gris/bleu peu engageante, le tannage végétal produit un cuir aux teintes naturelles qui permet des teintes plus profondes et plus nuancées.

Il présente un toucher chaleureux différent selon les peaux et le type de finition ce qui donne aux produits une identité particulière. C’est pourquoi chacun de nos sacs tannage végétal est unique. Ce cuir se patine avec le temps et comme un vin il se bonifie.

 

En guise de conclusion

 

En tant que jeune entreprise artisanale nous sommes confrontés au même dilemme que d’autres entreprises à conscience éthique, à savoir trouver le juste équilibre entre économie et écologie.

Le tannage végétal ne peut certes pas être considéré comme un cuir bio mais c'est ce qui se rapproche le plus de l'écologique.

Convaincu par les qualités sensuelles de ce type de tannage, nous sommes heureux de vous présenter enfin notre premier sac à main en tannage végétal. Un cabas couleur cognac, fabriqué dans notre atelier, avec des colles sans solvant et beaucoup de cœur à l’ouvrage.

Le laboratoire tourne à plein régime : de nouveaux modèles sont en préparation pour qu'à terme toute notre gamme soit éco-conçue.

 

Notes

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(1) Source : http://www.apesa.fr/iso_album/effluents_tannerie.pdf
(2) Site de classe I : pour les déchets industriels spéciaux (présentant un caractère dangereux pour le milieu naturel ou les êtres vivants). La plupart de ces déchets doivent subir une stabilisation avant enfouissement. 
(3) Cf : Article paru dans le British Journal of Dermatology

Mots clés : cuir végétal - cuir écologique - cuir bio - tannage végétal

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Colle sans solvant, on respire mieux.

Publié par Bruno dans Mode éthique le lundi 08 juin 2009 à 08h00

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Pour confectionner nos sacs et accessoires en cuir, nous sommes amenés à utiliser quotidiennement des colles dites "colle contact". Ces colles permettent d'assembler les différentes pièces de cuir et de tissus avant qu'elles ne soient cousues ou rivetées.

Le détail qui tue.

 

Hélas, bien souvent ces "colles contact " contiennent des solvants et donc des Composés Organiques Volatils (COV) nocifs à plusieurs titres :

  • Risques pour la santé: irritation des voies respiratoires et/ou de la peau, allergies, asthme, voire pour certains cancer.
  • Risques pour l’environnement : pollution aquatique, perturbation chimique de l’atmosphère.

C’est pourquoi, et parce que les COV continuent de se diffuser dans l’atmosphère bien après le séchage (de quelques heures à plusieurs jours) une réglementation européenne impose désormais aux fabricants de peinture (et bientôt pour les colles) d’indiquer sur leurs étiquettes la quantité de COV présents dans leurs produits.

Jetez un œil au site de l’ADEME : un dossier sur les COV un peu technique mais très intéressant.

Pour les chimistes et les curieux, sachez qu’on trouve fréquemment du formaldéhyde parmis les composants des « colle contact » distribuées dans le commerce. Substance classée cancérogène depuis 1995 comme le signale le rapport du Sénat (à consulter uniquement si vous n'avez pas peur) : Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur.

 

Nous avons donc décidé d’utiliser autant que possible des colles en phase aqueuse sans solvants.

 

  • Autant que possible : 80% des colles que nous utilisons sont des colles sans solvants, les 20% restants sont réservés aux assemblages avec des contraintes techniques plus importantes.
  • En phase aqueuse : à base d’eau, un peu comme les peintures à l’eau.
  • Sans solvants : donc avec une teneur en COV très faible.

C’est un geste qui n’a l’air de rien, d’autant que nous n’utilisons qu’une petite quantité de colle, mais le diable se niche dans les détails…

Et quitte à faire un beau sac, autant lier l’agréable à l’utile et en faire un produit respectueux des hommes et des poissons !

1 Commentaire

A quoi ça sert de Compenser Carbone ?

Publié par Bruno dans Mode éthique le dimanche 03 mai 2009 à 09h00

Sauf si vous habitiez sur la lune et que votre transistor était cassé, vous savez que le réchauffement climatique est un enjeu majeur.

 

Agir maintenant pour plus tard.

 

De nombreuses activités humaines génèrent des gaz à effet de serre (GES) et parmi ceux-là le plus important : le Dioxyde de Carbone (CO2). Ces gaz participent au réchauffement climatique global. Une hausse même minime de la température aura (a déjà, par certain côtés) des conséquences dramatiques et irréversible sur la faune, la flore, et donc directement sur les hommes. C'est donc maintenant qu'il faut agir, même si nos actions semblent limitées voire, parfois, dérisoires.

 

Nous sommes de ceux qui pensent qu’un monde meilleur est toujours possible.

 

Calculer, réduire, compenser.

 

Malgré nos efforts pour réduire notre impact sur le climat, notre entreprise, comme toutes les autres, de par son activité génère des GES. Nous utilisons des ordinateurs, nous consommons du papier, nous transportons nos produits etc…

La fondation GoodPlanet.org, reconnue d’intérêt publique, a développé, en partenariat avec l’ADEME  (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) un site internet : ActionCarbone.org qui propose chiffrer la quantité de CO2 que nous rejetons dans l’atmosphère à chaque étape de notre activité.

A partir de ce calcul nous avons alors décidé de compenser ces émissions en finançant des projets d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables, portés par des ONG dans les pays du Sud, pour lutter ensemble contre le changement climatique. En finançant ces projets (fabrications, diffusion de cuiseur solaires, de réservoirs à biogaz, recyclage des ordures et fabrication de compost, etc…) nous faisons en sorte qu’une certaine quantité de CO2 ne soit pas relâchée dans l’atmosphère. D’où le terme de « compensation ».

En somme : nous émettons X tonnes de CO2 et nous compensons ces émissions en finançant des projets qui réduisent de X tonnes les émissions à l’échelle mondiale.

 

Pourquoi ne pas, à votre tour, calculer, réduire et compenser vos émissions de CO2 ?

Rendez-vous sur le site : ActionCarbone.org

Les petits ruisseaux font les grandes rivières !

 

 

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